Cédric Jimenez a-t-il eu raison d’intituler son film « La French » ? La question est totalement secondaire (quoique) face à l’évènement que constitue la sortie de ce long-métrage, plus gros budget du cinéma français de cette année. Un sujet poids lourd, deux grosses têtes d’affiches, les années 70, Marseille, ses parrains, ses caïds…

La french - affiche

La dernière fois - et la seule d’ailleurs – qu’un cinéaste a posé sa caméra et son talent au cœur de la French Connection, il s’agissait de William Friedkin, 2 ans avant l’exorciste, soit bien avant que le juge Michel n’enquête... Résultat : Gene Hackman, 5 Oscars et un film passé à la postérité, un classique.

Friedkin avait choisi d’adapter le bouquin de « Popeye » Doyle, flic américain qui fut au cœur de l’enquête franco-américaine dans les années 60, et la bonne nouvelle, c’est que Cédric Jimenez a choisi d’adapter librement l’histoire du juge Michel qui a lui enquêté, notamment sur la French, mais sur le milieu marseillais en général…une décennie plus tard.

De gros moyens ont été déployés pour reconstituer le Marseille des années 70, de ce point de vue  le film est une réussite. Le scénario, librement adapté de l’histoire du juge Michel comme indiqué au début, est plutôt réussi et cela concerne trois aspects en particulier.

D’une part, il met l’accent sur la personnalité de ce juge hors-normes, son combat, son incroyable persévérance, ses motivations profondes et son idée personnelle de la Justice et des moyens à mettre en œuvre, fussent-ils à la limite de la légalité, et tente ainsi une approche originale en évitant le polar burné - et raté - à la Marchal.

Vient ensuite le volet politique de l’affaire, et la volonté de ne pas occulter l’implication des plus hautes sphères, notamment l’inoxydable maire Gaston Deferre qui a dirigé Marseille pendant 33 ans !

Enfin, l’idée de focaliser l’attention sur le duel Pierre Michel – Gaëtan Zampa est sympathique et permet à Cédric Jimenez de rendre hommage, entre autre, à Michael Mann avec une scène (imaginaire mais relativement crédible) toute droit sortie de « Heat », mettant aux prises Michel/Dujardin et Zampa/Lellouche dans un face-à-face courtois puis tendu.

Dujardin incarne d’ailleurs avec une belle conviction le juge Pierre Michel et s’affirme décidément comme une valeur sûre du cinéma français. Espérons qu’il ne finira pas comme Vincent Cassel…

En revanche, je suis nettement plus réservé concernant la performance de Gilles Lellouche. Zampa était connu pour être un charmeur, un type presque « sympathique » au quotidien mais dont les accès de violence étaient aussi redoutés que son pouvoir et son absence de pitié. Cet aspect de sa personnalité n’est pas assez mis en avant, ce qui le rend moins effrayant qu’il n’aurait pu l’être. L’équilibre des forces qui fait naître les affrontements mémorables est ainsi imparfait et cela nuit à l’intensité sur les 2h15 que dure le film.

Parmi tous les faits « historiques » évoqués, certains semblent  encombrants pour le film, telle la rivalité entre Tany Zampa et Jacky Le Mat, stupidement rebaptisé ici « Le Fou ». Le film est trop évasif sur les raisons de la discorde et la tentative d’assassinat sur ce dernier est trop vite expédiée, trop molle, sans aucune tension dramatique…alors que cette rivalité a été primordiale en réalité puisqu’elle a donné lieu à une guerre sanglante ! Quant à Benoît Magimel, son interprétation du « Fou » laisse vraiment à désirer. Trop « Racaille », trop monolithique pour ce personnage. Ça ne colle ni à l’époque ni au véritable personnage de Jacky le Mat.

Je n’ai pas grand-chose à reprocher au fond, puisqu’il y a une bonne part de vérité et qu’on ne critique pas l’Histoire mais il manque un grand souffle épique pour emporter le spectateur plus loin.

Au final, on se trouve en présence d’un bon film, fait avec une sincérité et une maîtrise certaines mais qui ne possède pas l’aura et la puissance de son sujet.

 

Bonus

Je ne comprends vraiment pas l’intérêt de faire arriver la femme du juge Michel sur le lieu de l’assassinat alors que cela ne s’est pas produit en réalité. A trop vouloir faire surgir l’émotion, on en oublie certaines choses…

Revenons à la question posée en début de chronique…Pour être plus proche de son contenu réel, le film aurait pu s’appeler « Le justicier braque les dealers » au lieu de « La French » mais le titre était déjà pris [[1]].



[[1]] : « Le Justicier braque les dealers » (Death Wish 4 : the crackdown) réalisé en 1987 par Jack Lee Thompson est une énième suite des aventures de Charles Bronson en justicier urbain. Une bouse !