les nouveaux sauvages

 

On connait tous des moments d'énervements: faire la queue devant un guichet quand ça n'avance pas, se retrouver confronté aux subtilités de certaines administrations et leurs cortèges de formulaires kafkaïens, être assis à coté d'un spectateur qui pendant la séance sirote à la paille le fond de son gobelet en piochant frénétiquement dans son carton de popcorn... Mais comme on est civilisé, on patiente, on sourit, on essaye de s'expliquer ou on laisse courir par lassitude. Et des fois on est plus primaire: on ouvre sa gueule, on râle, on insulte. Le trop plein de tension peut sortir.

Parfois ça ne suffit toujours pas: le coté obscur de la force prend le dessus et on bascule dans la violence.  (je promets que je n'ai jamais été jusqu'à tuer pour récupérer un recommandé, mais bon il y a des fois...)

On se rappelle aussi de chute libre avec Michael Douglas: un type part au travail, est bloqué dans les embouteillages et bouillonne petit a petit puis dégoupille complètement.

C'est ce type de réactions extrêmes qui sont présentées dans ce film à travers 6 petites histoires dont les personnages et les récits n'ont pas de lien direct entre eux hormis le sujet. 

Le réalisateur traite donc ici du pétage de plomb avec en toile de fond la société argentine et une partie de sa classe sociale aisée.

Comment peuvent naitre des réactions excessives chez des personnages comme vous et moi, dans des séquences anodines de leur vie quotidienne ? De quelle manière des petits détails ou des aléas inhabituels peuvent les faire basculer dans le dramatique ?

Selon les histoires, le réalisateur va insister plus sur le pourquoi ou le comment voire même nous montrer l'après hystérie.

Le film décrit donc comment la tension s'installe et progresse chez les personnages.  Malgré des issues parfois fatales, le film n'est pas pesant. Très rythmées, les histoires s'enchainent rapidement, et surtout sont ponctuées de scènes vraiment drôles et grinçantes.

Un duel routier rappelle le duel de Spielberg sauf qu'ici l'affrontement physique des 2 conducteurs devient inévitable. On arrive même à rire de la façon dont se déroule ce combat pourtant très violent. 

La réalisation sans artifice convient très bien pour présenter ces scènes ou l'aspect réaliste de chaque histoire est mis en avant.

Malgré certains rebondissements plus rocambolesques, le spectateur reste convaincu que ce qu'il voit à l'écran, il pourrait le voir à coté de chez lui.  « Comment réagirais-je dans un cas comme ça ? » est une question que l'on se pose forcement.

Le plaisir avec ce film vient en partie aussi des surprises qui se succèdent. Non seulement par l'enchainement des 6 histoires: nouveaux personnages, nouveaux contextes mais aussi par l'enchainement des scènes percutantes devant lesquelles on ne peut pas rester neutre. On se réjouit de ces rebellions et les explosions de violences peuvent en devenir jubilatoires. On n'est pas chez Tarantino mais il y a un peu de ça quand même.

Je vous laisse imaginer comment peut se passer une cérémonie de mariage dans ce contexte ou un comment un plan nous montrant 2 retraités au bord de leur piscine devient un choc visuel marquant.

Un mot de Ricardo Darin que l'on avait aimé en écrivain en pleine enquête dans « Dans ses yeux » et que l'on retrouve ici avec plaisir en ingénieur artificier, père de famille, dont la vie va peu à peu se déliter. Le combat de l'individu face à la société et sa logique implacable: l'autorité abusive, l'injustice, une certaine morale subie dont la violence intrinsèque est opposée à la violence de réaction du personnage.

Pour résumer: du rire, du sang, des larmes.. ou en 3 mots comment l'humain raisonnable peut être rattrapé par son instinct animal et devenir un nouveau sauvage..

Allez y !

Mat.