the revenant

 

Quand je suis entré dans la salle, à plus de 22 heures ce samedi-là, j’étais plein d’espoirs. Espoir d’être emporté, enchanté, ému… J’avais rendez-vous avec un grand film, c’était sûr.

2h36 plus tard, et après un échange surréaliste avec mon voisin de gauche[1], je suis ressorti pleins d’espoirs… déçus !

Le film n’est pourtant pas dénué d’intérêt ni de qualités. Plastiquement superbe, The Revenant attaque le spectateur avec une séquence d’ouverture à couper le souffle, des trappeurs se retrouvant sauvagement attaqués par une horde d’indiens pas venus pour boire le thé ni pour s’enquérir du butin de la journée ! Les enjeux dramatiques du film semblent alors limpides, comment cette équipe de trappeurs (ceux qui ont réchappé de l’attaque) va-t-elle pouvoir rejoindre sa base à travers ce territoire infesté de « sauvages » hostiles ?

the revenant-3

 

L’histoire est en réalité un poil plus élaborée. Le personnage joué par Léonardo DiCaprio devient rapidement un poids mort pour tous après avoir subi l’attaque d’une femelle grizzly, attaque dont la sauvagerie le laisse quasiment pour mort. Si emplie de trucages numériques soit-elle, cette séquence est vraiment impressionnante de réalisme.

Au-delà de ça, inutile d’en révéler plus sur le contenu du film, mais histoire de vous mettre sur la voie, on pense tantôt à « Into The Wild » de Sean Penn pour le côté « survival » en conditions extrêmes, tantôt à « La Ligne Rouge » de Terrence Mallick pour l’ambiance et le côté naturaliste. Ça, ce sont les aspects ou références flatteurs. Car à l’opposé, on pense aussi à l’émission de télé-réalité où le type super-balèze arrive à survivre dans n’importe quelles conditions.

Ça peut paraître un peu dur ou offensant pour certains car A.G. Inarritu n’est pas un touriste mais la structure du film m’a alors paru tellement visible et répétitive que c’en est devenu gênant : longs plans sur des éléments du décor (arbres, lune…superbes le plus souvent) filmés en contre-plongée puis action héroïque[2] de DiCaprio puis plans illustrant des flash-back où se mélangent songes, rêveries et réminiscences d’évènements douloureux, tout ça dans une atmosphère onirique (les passages les moins réussis du film selon moi) et on y retourne, éléments naturels du décor, actions héroïques…

Le film, objet vivant par excellence, semble alors acquérir une forme de conscience de lui-même et semble vouloir vous dire : « avez-vous remarqué comme je suis beau, oh quel plan superbe, et là quelle prestation d’acteur dans cette scène… magnifique!». En clair, à moi les Oscars !

the revenant - 2

 

Tout cela nous emmène donc vers un final inexorable, attendu en pareil cas, à savoir un acte de vengeance.

L’affaire est pliée. So what[3] ?

La question est sincèrement posée et c’est bien là que se situe le problème selon moi.

Je viens de passer 2h36 à regarder un type lutter comme un damné contre une nature hostile avec pour seules béquilles à son corps meurtri, sa volonté et sa soif de vengeance, le tout emballé magnifiquement par un réal et un chef opérateur qui ont fait un sacré boulot, et je me dis : ouais, super ! Et alors ? » Mais c’est quoi le problème ?

Le film ne possède aucune dimension politique (massacre des indiens, écologie ou autre) ni aucun aspect revendicatif et n’a en définitive aucun message à délivrer. Son seul but est de raconter une histoire hors-norme, inspirée de faits réels, pour vous divertir. Dans cet optique-là, navré de vous le dire chers lecteurs, mais le film échoue.

C’est trop long, certains passages sont pesants, la performance de DiCaprio est excellente, oui, mais ce n’est pas la première ! La beauté du film écrase tout le reste et aucune émotion ne vous submerge. Je n’ai ressenti ni la douleur, ni la soif de vengeance qui anime ce trappeur, ni même éprouvé une quelconque empathie pour lui. Et pire encore, je n’ai eu aucune bouffée de haine à l’égard du personnage joué par Tom Hardy (très bon, comme toujours).

the revenant-4

Ma voisine de droite pendant la projection, une charmante mère de famille, m’a suggéré au sortir de la séance que la structure et la lenteur du film pouvaient se voir comme une illustration du chemin de croix suivi par le personnage principal. Peut-être était-ce le désir du metteur en scène, et même si je ne suis pas sensible à cette approche, cela demeure un point de vue intéressant.

Les plus fervents admirateurs d’Inarritu y verront un nouveau coup de génie et opposeront aux détracteurs qu’on ne gagne pas deux années de suite l’oscar du meilleur réalisateur par hasard.

Ses détracteurs y verront une nouvelle fois la preuve d’un cinéma boursoufflé, empreint d’une symbolique trop appuyée.

J’ai vu un film magnifique esthétiquement parlant mais sans chaleur et sans âme, aux personnages insuffisamment travaillés, dont la longueur et le côté « catalogue » d’actions hors-normes pourra légitimement rebuter.

Cinémaniaq

Quelques questions sans réponses :

- Combien a touché le dialoguiste pour ce film ?

- Peut-on vraiment survivre à l’attaque du grizzly telle que décrite dans le film ?

- A la place du personnage joué par DiCaprio, n’auriez-vous pas voulu tuer également le jeune homme qui accompagne Tom Hardy ainsi que l’officier des tuniques bleues ?



[1] : Juste au début du film, mon voisin de gauche s’est approché de moi(assez près pour que cela soit dérangeant).

Lui : au fait, vous savez combien de temps dure le film ?

Moi : 2h40 environ…

Lui : Oh là, mais je suis déjà fatigué moi ! ça va me mener jusqu’à 1 heure du matin !

Moi : … (Intérieurement) oh putain, il va me flinguer ma séance celui-là. Si je lui réponds, je suis foutu !

[2] : par héroïque, j’entends ici extraordinaire par le courage et la volonté hors du commun que nécessitent ces actions

[3] : Et alors, pour les réfractaires à la langue de Shakespeare (j’aurais pu dire David Beckham mais c’est moins classe !)