Un nouveau film français est à l’honneur aujourd’hui. En partenariat avec Cinetrafic.fr, j’évoque l’adaptation de Tromperie de Philip Roth par Arnaud Desplechin.

Le film, édité par Le Pacte (Le Pacte (le-pacte.com) ; Le Pacte - Accueil (facebook.com) ; Le Pacte (@Le_Pacte) / Twitter), est disponible à partir du 4 mai en DVD, Blu-Ray, VOD et EST.

SYNOPSIS : Londres - 1987. Philip est un écrivain américain célèbre exilé à Londres. Sa maîtresse vient régulièrement le retrouver dans son bureau, qui est le refuge des deux amants.

https://www.cinetrafic.fr/film/63093/tromperie

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Tromperie

 

Du côté du film :

Quelles sont les raisons pour lesquelles nous autres, spectateurs, aimons-nous un film ?

Pour son histoire, pour ses personnages, pour son ambiance, pour le brio de sa mise en scène, pour la performance de l’un ou plusieurs de ses acteurs, pour le son, pour l’image, pour ses effets spéciaux, pour le rire, pour la peur, pour la joie, pour la peine… bref, je pourrais étirer cette liste presqu’à l’infini.

Et pour chacune des intentions de son réalisateur, il existe une possibilité d’entrer en résonance avec la sensibilité du spectateur. Et pour chaque nouveau spectateur, il y a une nouvelle chance de faire naître un ressenti unique. Il en va du cinéma comme de toutes les autres formes d’art : on aime, on déteste, on se sent mal à l’aise, on rit, on frissonne, on ressent du plaisir, on s’interroge, on est surpris… La pire sanction étant, à mon avis, l’indifférence.

Cela signifie alors que malgré tout ce qu’il a pu mettre dans son film, aucune des intentions du réalisateur, au travers de vecteurs tels que l’image, le son, la voix, l’ambiance musicale, le hors-champ n’a réussi à faire vibrer la moindre corde, à provoquer le moindre souffle d’air dans le bel orchestre de nos émotions. Comment serait-ce possible ? Une telle expérience pourrait-elle vous arriver ? La réponse est oui. Je suis ici pour en témoigner. Et cette expérience me laisse perplexe.

Rien dans la vision de Tromperie (2021) n’a éveillé en moi le moindre sentiment, si ce n’est de l’indifférence et un ennui certain. Pire, je n’étais même pas déçu ou en « colère » d’avoir passé 1h45 min devant un film qui m’a laissé de marbre.

Philip Roth est considéré comme un des plus grands écrivains américains contemporains. Je n’ai pas lu le livre (Deception) dont s’est inspiré Arnaud Desplechin pour bâtir son film. Denis Podalydès est un excellent acteur. Léa Seydoux et Emmanuelle Devos sont des actrices au talent reconnu. Desplechin lui-même a été très largement récompensé au travers de son œuvre cinématographique depuis plus de 20 ans. Malgré tout cela, il me semble que Tromperie est un des films les plus inutiles qui soit.

Il ne dit rien sur le couple, sur l’adultère, sur l’âme humaine, sur les sentiments, sur l’amour, sur la mort, sur le mensonge, sur la perception de l’autre, sur la manipulation. Chacun de ces thèmes est pourtant abordé, évoqué, ou effleuré dans le film. Mais sans aucune force, sans aucun intérêt. Tout semble rester prisonnier de l’écran sur lequel s’enchaînent les images.

Les dialogues sonnent creux, désespérément vides de sens. Léa Seydoux n’est simplement pas convaincante, ni lorsqu’elle rit, ni lorsqu’elle pleure, ni lorsqu’elle se fait charmeuse, aimante ou perdue. Podalydès surjoue (beaucoup), exaspère (un peu) et (surtout) ne convainc pas non plus. Ce qu’ils se disent paraît hors du temps, hors de la « vraie » vie, mélange de poncifs et de charabia pseudo intellectuel. Les interactions avec les autres personnages sont fades, sans intérêt. Ce qu’ils font est à la fois terriblement banal et incompréhensible. La mise en scène théâtrale (comme le jeu des acteurs d’ailleurs) renforce le sentiment déplaisant d’assister à quelque chose de pompeux, vain et sans lien avec une réalité quelconque.

Desplechin avait pourtant opté pour une mise en image assez dynamique, quelques partis pris de mise en scène pas désagréables et des trucages très 60’s qui, dans l’ensemble, donnent un charme suranné au long-métrage. On retiendra notamment l’utilisation du split-screen ou d’un écran noir avec focalisation sur une petite partie de l’image (comme si l’on regardait à travers un tube). Original, bienvenu mais largement insuffisant.

Woody Allen, Pedro Almodovar ou même – dans un style très différent je vous l’accorde – Quentin Tarantino ont réussi à nous tenir en haleine avec des films très dialogués, grâce à leur rythme, à ce qu’ils font raconter aux personnages, à l’humour, à la verve, au langage utilisé… Un film dialogué n’est donc pas forcément un remède contre les insomnies. Pour peu que cela soit au service d’un but, d’une histoire, d’une réflexion.

Rien de tout cela n’existe dans Tromperie. Ni dans son histoire. Ni dans ses personnages.

J’ai vu un film. Mon esprit n’en conservera rien, ni en mots, ni en images. J’en ressors totalement identique à celui que j’étais avant de l’avoir vu. Déroutant.

 

Du côté de l’image :

Je précise que j’ai visionné le film sur un ensemble TV + lecteur blu-ray 4K. L’image subit dans ce cas un « upscaling » qui m’a semblé de très bonne qualité car celle-ci m’a paru très au-dessus des standards du DVD. Il sera donc difficile de vous parler de définition de l’image sans emettre un jugement biaisé.

Le film se déroulant en totalité en intérieur, l’image retranscrit plutôt bien les ambiances souvent assez chaleureuses, douillettes du studio de Philip, d’une chambre ou d’un bar dans un luxueux hôtel, ou encore de sa maison, avec des couleurs plutôt chaudes et saturées.

Aucun souci de compression et pas le moindre défaut visible à l’horizon.

 

Du côté du son :

J’ai visionné le film en stéréo 2.0 mais la différence doit être minime avec la version multicanale 5.1 (hormis peut-être pour la musique) étant donné que l’ensemble des scènes consistent en des échanges « parlés » entre deux personnages.

Dans ce registre, le DVD fait le job avec des dialogues au rendu clair et parfaitement intelligible.

 

Du côté des bonus :

Au menu, un entretien avec Arnaud Desplechin, un avec Denis Podalydès et des lectures filmées du scénario.

Je n’ai visionné que les deux entretiens, dans le but évidemment de vous parler de l’intérêt qu’ils présentent mais aussi avec une certaine curiosité quant aux intentions et à la vision du réalisateur pour son film.

Si l’entretien avec D. Podalydès tourne rapidement à vide, la faute à des réponses un peu confuses, et ne nous apprend finalement pas grand-chose, celui avec A. Desplechin est beaucoup plus convaincant. Sans verser dans la provocation, j’ai trouvé plus intéressant d’entendre Desplechin parler de son film que la vision du film elle-même. De son admiration pour Philip Roth, à sa vision du livre, d’une anecdote savoureuse, à sa volonté d’adapter un livre de Roth (il explique qu’aucune des adaptations qu’il a vu ne lui a semblé valable), cet entretien est riche et permet de mieux saisir ce qu’il a voulu faire. C’est pour moi l’illustration parfaite de l’écart qu’il peut y avoir entre ce que l’on a dans la tête et ce que l’on arrive à transmettre à l’image, de la difficulté manifeste de parvenir à retranscrire, sans l’altérer, son propos, sa vision, son intention. Instructif.